Problèmes de démarrage

Dès avant l'ouverture du Centre, le Collège Médical s'opposa à la présence d'un médecin qui examinerait les clientes et prescrirait des contraceptifs arguant qu'il s'agissait de concurrence déloyale et que c'était contraire à la déontologie. Alerté davantage encore par la société de gynécologie, le médecin du Centre fut convoqué devant le Collège Médical. Connaissant leur hostilité, celui-ci refusa, ce qui fut considéré comme une faute disciplinaire. Une série d'avertissements de la part du Conseil de Discipline puis du Conseil Supérieur de Discipline s'ensuivirent. La procédure dura 4 ans et la cause fut même plaidée devant la Cour européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg. En 1973, l'opinion publique ayant pris fait et cause pour le Planning Familial, le médecin se présenta devant le Collège Médical qui l'assura de sa bienveillance envers ses activités.

Des cas analogues eurent lieu en France et en Allemagne. Ainsi le docteur Fabre de Grenoble, fondateur du planning local, dut même subir une suspension temporaire à cause de son engagement pour le planning.

Le nombre total des clients fut de 23 la première année. A part le "Tageblatt", aucun journal n'ouvrit ses colonnes au Planning. Mais à la radio luxembourgeoise, Monsieur Nic. Weber nous soutint dès le début, et Madame Aline Putz nous prêta sa tribune féminine les samedis après-midi. Les idées que se faisait le public de nos activités furent des plus variées. Ainsi, un jour, des parents vinrent nous trouver pour savoir si nous n'aurions pas sous la main un fonctionnaire d'Etat, début trentaine, qui épouserait leur fille très timide qui attendait sagement dans la voiture... Il n'y avait pas encore d'agence matrimoniale à cette époque à Luxembourg. Un autre jour, une femme refusa de se faire opérer de son hernie ombilicale parce que, disait-elle, elle n'aurait plus d'enfants.

Dans les années qui suivirent, le nombre de clients augmenta rapidement, le recrutement s'opérant surtout, comme aujourd'hui encore, par le bouche à oreille. Les adolescents furent amenés au Planning pour des séances d'information sexuelle. Le Kannerschlass de Sassenheim fut l'un des premiers. Toutefois, il nous fut notifié qu'on pouvait tout leur expliquer, à condition de leur dire après qu'il ne fallait pas le faire. Rendez-vous fut pris également par le Centre du Rham. Mais au dernier moment, il nous fut dit qu'on avait changé d'avis et que l'aumônier se chargerait de la question. Peu à peu, les lycées nous ouvrirent leurs portes, soit dans le cadre des cours de biologie, soit dans les cours de religion ou de morale laïque.

Madame Frieden, Ministre de la Famille nous soutenait et fut l'un des premiers ministres à nous accorder une subvention solide de 100 000 francs luxembourgeois. Le Ministre de l'Education nationale qui fut Monsieur Jean Dupong, nous assura de son soutien moral et nous alloua 20 000 francs luxembourgeois. Le Fonds de Secours Grande-Duchesse Charlotte nous subventionnait régulièrement, de même que la Commune de Luxembourg, qui, à part la moitié du loyer, nous versait des subsides extraordinaires chaque année.

La méfiance et l'hostilité du corps médical, en particulier des gynécologues dans leur majorité, persista durant de longues années, mais en 1974, le rapport d'activité du Planning fut publié pour la première fois dans "Le Corps Médical", organe de presse de l'Association des Médecins.

En 1972, le médecin du Planning fut nommé officiellement délégué du Luxembourg à une conférence internationale de l'OMS sur le rôle des services de santé maternelle et Infantile dans la planification familiale qui se tint à Ljubljana en Yougoslavie.

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